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Remettons-nous à faire​ du design !

Remettons-nous à faire​ du design !

Le design, historiquement plutôt industriel, a du mal à se définir durablement dans le numérique ou le service. En perpétuel mouvement, éclatement ou regroupement on peut avoir du mal à cerner ce qu’il est. Des expertises naissent, meurent, changent de nom avant qu’on ait le temps de comprendre ce qu’elles étaient exactement. Un designer peut avoir du mal à s’y retrouver. Un observateur externe ? Je n’en parle pas …

Le/la designer numérique en entreprise il y a dix ou quinze ans était plutôt confondu avec un graphiste ou un ergonome. Aujourd’hui s’il n’a pas de post-its dans sa poche, il sera recalé à l’entrée.

Pendant longtemps, il a été assez compliqué d’expliquer l’intérêt de passer du temps sur les phases amonts de projet. Peu d’entre eux intégraient les phases de connaissance de l’utilisateur, de positionnement du projet ou de construction de scénarios de navigation.

Depuis ces anciens temps, les méthodes issues du design ont porté leurs fruits et se sont invitées dans les jargons commerciaux et marketing. Les ateliers, personas et autres tests utilisateurs ont largement trouvé leurs adeptes dans ces milieux, au détriment du design.

Design thinking, sprints, ateliers personas, focus group, user tests, brainstorm… Formez-vous en trois jours, suivez une master class d’une semaine… Devenez UX strategist, CX expert, consultant en transformation digitale … La machine est en marche et l’attention est apportée tout particulièrement aux phases amont des projets. La belle page blanche du design en sort morcelée en de multiples étiquettes et disciplines qui ne se parlent plus assez, chacune toisant le trône en pensant en être la seule héritière légitime, sans voir que le réel danger se trouve au-delà du mur.

Quel est le problème me direz-vous ? Nous ne « faisons »  plus de design. Animer un atelier de design thinking c’est bien et il faut le faire. Mais ce n’est pas suffisant. Nous nous contentons beaucoup aujourd’hui de réfléchir à ce que serait la solution à un problème et … et rien ! 

« La façon de commencer est de cesser de parler et de commencer à exécuter. » – Walt Disney

On ne demandera pas à un(e) designer industriel de travailler sur un nouveau concept de canapé et de le/la laisser s’arrêter à la définition de ce que serait un nouveau canapé ! Non, la valeur du design réside autant dans la compréhension d’un problème que dans la solution apportée. On se prive aujourd’hui de l’intelligence du “faire” dans le numérique ou le service… Grave erreur.

Basé sur la compréhension du besoin et du contexte, le travail de designer sera de mêler réflexion et expérimentation. Pour expérimenter, il ne suffit pas d’organiser un nouvel atelier pour savoir si une idée SERAIT bonne ! J’entends par là construire, développer, dessiner, itérer, se tromper, recommencer afin d’éprouver un concept. La forme que cela prendra dépendra du sujet, du temps et du budget disponible. Travailler sur la solution permettra de valider une idée, de soulever de nouveaux problèmes ou d’identifier des pistes afin d’enrichir la réflexion pour mieux se remettre à expérimenter. Sans « faire » on peut difficilement avoir une vision claire d’un sujet.

Pour qu’un travail de design soit efficace, il faut cette continuité et avoir une vision d’ensemble. Le design est là pour apporter une solution à un besoin, une thématique ou un problème identifié. Il est de ce fait naturel d’envisager le design sur toute la vie d’un projet numérique : de sa formulation jusqu’à sa mise en production. Cantonner le/la designer aux phases amont d’un projet est réducteur et croire que le design n’a sa place QUE pendant ces étapes est une erreur.

La plupart des tendances actuelles mettent l’accent sur l’usage l’usage et l’usage. Étant souvent le sujet oublié des travaux numériques d’il y a quelques années, c’est une belle avancée. Mais gardons en tête que ce n’est pas suffisant dans le design. Le process de création/fabrication et la technique sont essentiels au métier. C’est ce qui permet d’ancrer le projet dans une réalité et de transformer une idée bien positionnée en outil, expérience ou service efficace. On évitera ainsi de se dire en phase de développement qu’on va utiliser un template ou mettre un bouton LÀ parce que c’est plus facile ou parce que c’est sûrement pas grave.

Le/la designer est également là pour donner du sens, éveiller des sentiments ou de l’attachement. Intégrer le design tout au long d’un projet permet d’en conserver l’âme et l’identité. Un ton particulier pour s’adresser à l’utilisateur, des choix graphiques assumés appuyant un message, une ambiance sonore préparant à une expérience… Le/la designer est aussi là pour provoquer une action, une sensation. Le design bien utilisé va servir à conserver ou donner du sens à un projet et déclencher le … Wait for it … WOUAW EFFECT! #buzzwordforever

Ceci n’est qu’une vision du métier de designer parmi beaucoup d’autres. La vérité est ailleurs diront certains et ils auront sûrement raison.