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Réussir, c’est se tromper ?

Réussir, c’est se tromper ?

La place de l’erreur dans le processus de création numérique


« Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends », disait Nelson Mandela. Le mot erreur peut faire peur. Dans nos sociétés, il est en effet associé à des notions d’échec, d’imprudence, de fatalité. Mais si l’erreur, débarrassée de son aspect anxiogène, était finalement une alliée ? Dans le processus de création numérique, comme partout, il est souvent formateur de se tromper. Alors, comment accepter l’erreur pour en faire une force ?

L’erreur, c’est quoi ?

Saviez-vous que les célèbres “post-it” étaient nés d’une erreur ? Comme la Tarte Tatin, la découverte de l’Amérique, la pénicilline, le micro-ondes, le Champagne, le Téflon, les rayons X, la pâte à modeler… et même les chips ! Pourtant, notre relation avec les erreurs est compliquée : on ne les accepte pas, on les évite, comme si elles allaient nous mettre en danger, voire porter atteinte à notre honneur ou notre image. Nous vivons dans un monde où il ne faut pas se tromper, et être le meilleur. Nous détestons avoir tort et admettre nos faiblesses. Nous entendons parfois parler “d’éducation à la française” et ce n’est pas pour rien. Dans notre pays, nous grandissons depuis notre plus jeune âge dans un système d’évaluation constant. La notation dans nos écoles en est la preuve : on sanctionne les erreurs pour les éviter. Pour certains, il s’agit tout bonnement d’un outil de sélection. Si nous sommes encore loin des politiques anglo-saxonnes ou nord-européennes qui incluent l’échec dans leur concept d’éducation, notre pays commence petit à petit à accepter l’erreur dans ses modes de fonctionnement.  Un point de vue qui évolue lentement, mais sûrement. Il y a 24 ans, le pédagogue Jean-Pierre Astolfi écrivait “L’erreur, un outil pour enseigner”, ouvrage dans lequel il démontrait déjà qu’analyser les erreurs commises permettait de mieux comprendre ses élèves et d’adapter l’enseignement. Sortir de la zone de confort pour atterrir dans la zone d’apprentissage. En 2018, la création de la Loi Essoc introduit la notion de droit à l’erreur et permet aux contribuables qui se trompent dans leurs déclarations de ne pas s’acquitter de sanctions s’il sont de bonne foi. Une preuve, parmi d’autres, que l’erreur a peut-être de beaux jours devant elle ?

Se tromper pour innover

Dans un contexte économique qui place l’innovation au cœur de la réussite, l’erreur et l’art d’y faire face sont tout aussi importants. Dans une étude réalisée en 2015 par le Boston Consulting Group, 31 % des chefs d’entreprise interrogés déclaraient en effet que la culture d’aversion pour le risque représentait l’un des plus grands obstacles à l’innovation. Si l’erreur est encore une source d’angoisse dans l’entreprise, certaines ont pourtant compris qu’elles pouvaient en tirer profit. De plus en plus nombreuses sont celles qui appliquent le principe du “Test & Learn”, particulièrement dans le secteur numérique. Un des piliers de cette méthodologie d’organisation est de “célébrer l’échec pour avancer”. Cela signifie que les participants identifient les éléments qui conduisent à l’erreur et en tirent les meilleures leçons. Ils donnent une nouvelle dimension à l’erreur, qu’ils considèrent plutôt comme une force. “Tomber a été inventé pour se relever. Malheur à ceux qui ne tombent jamais.”, disait le poète Félix Leclerc. L’acceptation de l’erreur semble parfois insurmontable, mais elle peut devenir le terreau des plus grandes avancées. 

Sur ce principe, des événements sont organisés aux quatre coins du globe. Les “FAILCAMP”, orchestrés par la Société des musées du Québec, sont des séances sur les insuccès, imaginées pour inciter les participants à parler sans gêne de leurs échecs et ainsi s’améliorer. Sur le même modèle, les «FAILCON» ont lieu à San Francisco depuis 2009 où des startuppers viennent témoigner de leurs échecs. Le concept séduit et s’est exporté en France où sont déjà organisés des FailCon à Paris, Lyon, Toulouse ou encore Grenoble. Le monde serait-il prêt à se rendre compte de la valeur de ses erreurs ? Comme le rappelait Edwin Calmull, président de Pixar : « Les erreurs ne sont pas un mal nécessaire. Elles ne sont pas un mal du tout. Elles sont la conséquence inévitable de la nouveauté… et elles devraient être considérées comme précieuses. »

Une place de choix dans le processus créatif

S’il est essentiel de se tromper pour apprendre, avancer, innover, comment intégrer l’erreur dans le processus créatif ? Chez Bakasable, lorsqu’un projet numérique est lancé, les différents acteurs sont placés face à leurs problèmes. Pour les résoudre, il est obligatoire d’être dans un environnement favorable, bienveillant et adapté. Sans la mise en place d’un véritable climat de confiance, favorisant le respect et l’entraide, difficile de partager ses erreurs. Pourtant, l’essentiel pour une entreprise n’est pas de les éviter, mais de savoir comment y réagir. Des ateliers de créativité sont donc composés sur-mesure pour chaque demande sur la base du Design Thinking, du Design Sprint et des Lego Serious Play. Nicolas Cloarec, un des co-gérants de l’agence, explique qu’ “être créatif, c’est admettre ses limites pour mieux les dépasser”

Plus que des échecs à bannir absolument, les erreurs seraient donc des graines de progrès, à identifier et à chérir, pour créer de la valeur sous forme d’idées nouvelles ou d’informations exploitables. Comme une plante à entretenir, pour en récolter les meilleurs fruits. Avec des outils et un état d’esprit adaptés, l’entreprise va donc pouvoir intégrer la bonne temporalité pour faire face à ses difficultés. Analyser ses erreurs au bon moment pour en comprendre rapidement les raisons et sortir de la spirale d’échecs. Fille de sérendipité, pour mener au succès, l’erreur doit donc échapper à la culpabilisation. D’ailleurs, comme le disait Michael Jordan : « J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté.  J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi”.

Adèle Moisdon

Sources : 

https://thomashammoudi.com/apologie-erreur-kessels-phaidon/#Vos_erreurs_peuvent_changer_le_monde

https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2020/10/31577-apprendre-a-apprendre-un-processus-emotionnel-plutot-quintellectuel/

https://www.hbrfrance.fr/chroniques-experts/2014/12/5490-donnez-aux-autres-et-vous-meme-le-droit-lerreur/ 

http://bakasable.blog/la-creativite-en-etre-ou-ne-pas-etre/